Tout commence par un avis de recherche, diffusé à la suite de la disparition d'une enfant de 8 ans. La photo est un choc pour une institutrice qui a bien connu cette gamine. Pour elle, pas de doute : cette Diana n'a pas été enlevée, elle est déjà morte, et ses parents sont coupables. Remontant le temps, le roman égrène les témoignages de ceux l'ayant côtoyée, enseignants, grand-mère et tante, médecins, assistants sociaux, gendarmes...
Témoins impuissants de la descente aux enfers d'une enfant martyrisée par ses parents qui, malgré les incitations à parler de plusieurs adultes, refusera de les dénoncer. Ce roman est inspiré par un fait divers récent largement médiatisé car, en dépit de plusieurs signalements, l'enfant n'avait jamais bénéficié de protection. Loin de tout sensationnalisme, l'auteur rend sa dimension tragique à ce drame de la maltraitance.

J'ai toujours considéré qu'un enfant venant au monde avait un droit fondamental : celui d'être aimé, choyé, protégé. Devenir maman n'a fait que renforcer ma conviction. 
Savoir qu'il y a dans le monde tant d'enfants maltraités me bouleverse, apprendre que deux enfants meurent chaque jour en France sous les coups de leurs parents me donne littéralement la nausée. 
Alors, lire un livre sur ce sujet, non merci !
Pourquoi donc La maladroite ? Parce qu'une bibliothécaire me l'a chaudement recommandé, parce qu'elle a su trouver les mots qui m'ont convaincue. Et elle a bien fait. 
Pour son premier livre, Alexandre Seurat n'a pas choisi un sujet facile et il s'en est remarquablement bien sorti. 
La façon dont il a choisi de raconter, très originale, en fait un texte qui ressemble plus à un compte-rendu de tribunal qu'à un roman, et je trouve que c'est ce qui fait sa force. Alexandre Seurat ne cherche pas à faire d'effets, il expose les faits sans fioritures d'une manière neutre, distanciée. 
Il n'accuse personne, ne juge pas : au lecteur de se forger son opinion.
La maladroite n'est pas une lecture facile, mais c'est une lecture nécessaire. Un texte coup de poing pour une prise de conscience, non pas du phénomène de la maltraitance, qui est malheureusement connu, mais des méfaits de la passivité de l'entourage dans ce genre d'affaire. 
Alexandre Seurat met en évidence la phrase "on a fait ce qu'on a pu" qui revient dans la bouche de nombreux protagonistes : entourage familial, enseignants, services sociaux. Il montre la pitoyable excuse "c'est la procédure" derrière laquelle l'administration se réfugie pour justifier sa lenteur. Il expose toutes ces personnes qui se renvoient la balle, chacune se disant que ce n'est peut-être pas à elle d'agir, que quelqu'un de mieux placé le fera.
Les parents maltraitants sont coupables, c'est certain, quelles que soient les circonstances : rien, dans le présent ou le passé d'un adulte n'excuse les souffrances infligées à un enfant. Mais ces coupables ne sont pas les seuls responsables, et c'est ce qu'Alexandre Seurat met formidablement en évidence. Dans ce genre d'affaire, les fautifs sont nombreux, à nous d'en prendre conscience : ne rien dire, ne rien faire est criminel. Se réfugier dans la dilution des responsabilités en se disant qu'un autre agira est criminel. Ne rien faire parce qu'on pense que cela ne nous regarde pas est criminel. Attendre est criminel. 
Lisez La maladroite. Ce n'est pas un beau livre. C'est même un livre moche, mais c'est un texte nécessaire qu'il faut lire et faire lire. 
Et n'oubliez pas le 119, le numéro de téléphone de l'enfance en danger, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, sept jours sur sept.

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